31 octobre 2017 ~ 2 Commentaires

la répète Baptiste

Je n’aime pas aller à la BAM, salle de concert de Metz Borny. Borny, c’est le Harlem de Metz, le 93. J’étais venu faire un off (traduction : jouer devant les files d’attentes) il y’a un an ou deux et le temps où je suis sorti de ma voiture pour aller à la salle, avec ma guitare et mon sac de disques, s’est moyennement passé. J’ai été accosté avec agressivité par une petite bande de cailleras et j’ai eu les pétoches. Du coup, ce soir, je me suis fait violence. Me suis garé, suis sorti de la voiture avec ma Takamine, et me suis précipité vers la salle. Un couple arrive, tout sourire. On se reconnait comme des gens qui vont au même endroit.

Si j’ai bravé ma peur, si je suis venu après une journée complète à jouer dans la rue de Esch sur Alzette, c’est pour la répète du concert hommage à notre pote, l’Ange Baptiste, qui s’est envolé au printemps dernier. Dans la salle, je reconnais plus de la moitié des gens. Des ex Salomé, groupe messin des années 90. Steph et Tits. J’aime toujours voir ces gens. Ils n’étaient pas ma famille alternative, eux étaient la Family Love. Des hippies. Qu’on imagine avec des fleurs dessins animés pendant les concerts. De la musique qui se fumait douce. Le Funk messin, la soul. Un des plus grands concerts de ma vie était Higelin à Nancy en février 95, pour la tournée des Héros de la Voltige, album que je n’ai pas encore chroniqué par ici mais ça sera fait dans les prochaines heures ou les prochains jours. Un jour comme celui-là, t’en as un par an si tout va bien. Je n’ai jamais vu Higelin aussi aérien que ce soir là. En première partie NOUS étions là! Les Salomé, mené par Dom Colmé qui aura fait 10x plus en solo qu’avec son groupe, ont peut-être bien vécu leur plus grand moment. Ce soir là, ils enregistraient un live. J’entendrais toute ma vie ce SOLEIL qui démarrait l’affaire. Et par eux, était le public de Metz sur scène. Comme s’il n’y avait plus de crash barrières.

JilVictor, le coordinateur du concert me claque la bise. Lui je le connais depuis encore avant les Salomé. A l’époque, il était journaliste au Républicain Lorrain, notre presse locale. Un poète désabusé qui se cognait les chiens écrasés. Généreux bonhomme qui me payait un coup genre tous les jours, conscient que lui avait une paye et que moi je me faisais éventuellement un RSA en jouant dans la rue des Clercs, à Metz. Il aura switché ensuite dans le milieu artistique et ça ne m’a pas étonné. C’était bien plus sa place. Il aura été le parolier de Dom Colmé pour ensuite mener son projet solo. Je l’avais vu à la Love Pablo, le festival du 57 des années 2000. Des chansons souchonnées mais au sourire. La politesse du désespoir ou l’envie d’être heureux, plus simplement.

Je revois aussi Axelle, la violoniste qui me fait l’amitié de jouer sur le disque des Salopettes Acoustiques, mon side project dont le disque sort dans un mois, environ. Axelle est une sacrée fille, super sympa, très énergique. Maintenant que j’y pense, je ne pense pas avoir rencontré de violoniste que ne soit pas cool. C’est peut-être la rigidité de ce qu’ils connaissent dans leurs années de conservatoire qui leur permet de beaucoup relativiser ensuite, sans se prendre la tête.

Gonzo le batteur me salue en me faisant remarquer qu’on est là pour Jean Baptiste qui n’est toujours pas là…. Blague à la con. J’étais super ému d’être là, je planais et n’était ptet pas en connection avec l’instant, mais je suis sûr que de son nuage, L’ange Baptiste riait de la blague de Gonzo et me tapait dans le dos pour me réveiller et, peut-être, me remettre au niveau du monde réel.

Nous avons répété la chanson « L’Ange Baptiste », que j’ai écrit dans les heures qui suivaient son départ. Je ne pensais qu’à ça et les mots sont tombés spontanément. Ca n’est pas un poème d’estète, sophiste ou maniériste. Juste quelques mots qui ont coulé naturellement. Je chante la chanson avec Marie, qui fait aussi les choeurs sur le disque. Je suis pas forcément pertinent, j’espère l’être davantage Jeudi. Il y’a des moments avec et des moments sans. Je jouais sans, ce soir. Du fait de ma journée de rue? Non, je ne pense pas. J’étais surtout intimidé par tous les gens qui étaient autour de moi. Je n’étais pas illico poisson dans mon eau. Je combinais.

L’entourage m’aura mine de rien mis à l’aise. l’intuitive rappelle qu’on fait une fête. On vit pour l’ouverture, particulièrement pour la musique, tous autant qu’on est là ce soir. Là musique, histoire d’amour qui ne se comprend pas toujours, pas forcément, pas tout le temps. Je vois une nervosité terrible en ce moment dans le milieu de la musique. Moins de patience, on comprend qu’il est toujours plus compliqué de vivre de son art. Avant, on combinait mais désormais, on en meurt plus. De faim ou de stress.

Et L’Ange est mort certainement de ça. Je passais souvent mes nuits avec lui au téléphone. On refaisait le monde, je cherchais à lui proposer une voix, une porte. Un terrain qu’il aurait arrosé, lentement, sûrement, pour ne pas souffrir et laisser grandir une frustration en lui.

Jeudi soir, on joue pour toi JB.

2 Réponses à “la répète Baptiste”

  1. Maman de JBaptiste 4 novembre 2017 à 9 h 01 min

    Merci pour ce merveilleux témoignage, il n’y a rien à ajouter merci pour ce concert
    Quel bel hommage
    de vous voir tous là chanter JBaptiste
    C’etai Une grande émotion
    Je n’ai pas de mots assez forts
    Ce rassemblement de musiciens et chanteurs c’etai Grandiose
    Merci

  2. Je ne suis pas redescendu depuis jeudi soir….


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