18 novembre 2017 ~ 0 Commentaire

La chanson de Roland

89, l’année où je commençais à jouer dans les rues de Metz. Thiéfaine venait en concert au Jardin des Amours, derrière la porte des Allemands. Je voyais dans mon village Roland Jager, quelques semaines avant venir coller des affiches avec sa compagne de l’époque Isabelle. Je leur gaulais une affiche. Il essayait de m’inviter à venir le lendemain également, même si l’affiche était moins prestigieuse que Thiéfaine. Même si j’avais voulu, je n’y serais pas allé. J’allais le lendemain au contre bicentenaire de la Révolution y voir Renaud, Johnny Clegg, Font et Val, Les Négresses Vertes, La Mano Négra. L’aprem du concert, j’arrivais pendant la balance, personne ne m’aura empêché d’entrer sous le chapiteau. Je comprenais que Thiéfaine, c’était le gars au micro. Le groupe checkait les dingues et les paumés. En contournant la scène, je papotais quelques minutes avec Hubert Félix. Ce, grâce à la complicité de la team de Roland. J’ai compris que quand les organisateurs étaient autres, c’était une autre limonade. Il y’avait quelque chose de baba cool dans cette entreprise.

C’était les années Asso loi 1901 (ou 1909 en Alsace Moselle, il y’avait des avantages). Roland organisait des concerts Etonnantes Musique tel le poète, le romantique qu’il était. Certainement que comme plein de mecs qui ont eu ces ambitions folles, démesurées et surtout philanthropes, qui pour beaucoup d’entre eux les auront mis sur la paille. Combien de festoches que j’ai connu et qui ont  pris grave le bouillon. Obligeant l’asso et les bénévoles à se cogner des actions toutes l’année pour trouver les 20 000€ qui manquaient le soir où il a plu, pour ce grand jour de plein air…

Les années ont passé, Roland a du se monter en société. Avec un associé, Johann, ils ont créé Notice France. Font l’affichage des concerts et, surtout, organisent des concerts.

On est donc amenés à se voir depuis des années, moi qui joue devant les files d’attentes. Un soir, Roland, au comptoir de la Passerelle de Florange, me demande, sourire angélique « Quand écris-tu une chanson sur moi? ». Du tac au tac, je lui claque sur la table mon disque du moment J’Ai Grandi En Rêvant. Un acrostiche qui sur la frange, avec les premières lettres de chaque mot donnait JAGER. J’ai scotché Roland à ce moment-là.

Un mois après, Johann m’appelle et me propose la première partie des Têtes Raides à la Passerelle. C’est peut-être tout Roland ça. Un romantique.

S’en suivront de nombreuses premières parties depuis 2012. Soan, GiedRé. La semaine dernière, c’était Mademoiselle K à L’Autre Canal. Super public, ça a matché entre eux et moi. Pis je suis amoureux de cette salle, au coeur de la Lorraine. Mademoiselle K offrait un super set aussi et, mine de rien, c’est pas faux de dire que ça a la couleur Notice France. Même s’il leur arrive de programmer du mainstream de rap pour skyrock,  en général, ils servent quand même les artistes les plus commestibles de la place. Je ne les imagine pas nous faire du Florent Pagny ou du Hélène Seguera.

Je suis passé au bureau de Notice France jeudi. Et on a papoté, Roland et moi. Il a 64 ans, Roland, mais ne prend pas de retraite. Il aime trop son job. Et pis, il est un peu comme un musicien. A savoir qu’il commence vraiment à gagner sa vie à 30 balais, donc tire jusqu’aux 70, parce qu’il est probable qu’à 60, il connaisse les meilleures années de sa carrière. Roland voit le futur, il est heureux.

Il est déroutant de le suivre, Roland est porté par l’affect. Comme si ce qui le guidait n’était pas rationnel.

Il m’expliquait aussi que Notice France n’était pas des gratteurs. A savoir qu’ils prennent leur commission sans exagérer. Leur client, du coup, respire. Ca fait pas d’eux les plus riches du monde, mais ça leur permet de travailler en confiance.

L’heure que j’ai passé à Notice France m’a ragaillardi. Ca me fait penser à Carlos du Burin Musique. Combien de fois je l’ai vu dissuader un client qui voulait un produit cher, lui proposant un article bien meiller marché et plus adapté à ce dont il avait besoin. Carlos m’expliquait que c’était justement commerçant de travailler comme ça. Ca lui permettait de fidéliser le client, qui aurait toute confiance à revenir chez lui, convaincu qu’il ne chercherait pas à l’arnaquer.

On connait trop de louffias, de crèves la nique qui cherchent à passer devant les autres en leur faisant des croches pieds. Ils se reprennent parfois les bouliers qu’ils ont envoyé en pleine gueule. Et dans tous les cas, ne sont certainement pas les plus heureux.

Parce que le bonheur sincère des Roland, Carlos, ou Mauro du Gueulard fait plaisir à voir.

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