11 mars 2018 ~ 0 Commentaire

En passant par ma Lorraine

La solitude du dimanche matin de mars. Il ne pleut même pas mais bon sang que c’est moche, dehors. C’est peut-être un peu moche dans ma tête et dans mon coeur, pour quelques minutes ou quelques heures. Alors dans ces cas-là, je pense à quelque chose de positif, solaire, qui va m’enchanter et me relever. Je vais tout au moins essayer.

Et je vais vous parler de ma Lorraine. Aussi évidente pour moi que mon prénom ou mon nom. C’est moi, la Lorraine. Désormais une des composantes du Grand Est. J’avais d’abord entendu à la radio que la région allait s’appeler Grand Hesse (mon nom de famille en fait). Aussi, je remerciais humblement les gens sur les réseaux sociaux. Je sais que mes chansons plaisent à un certain nombre, mais de là à rebaptiser mon secteur d’activité Grand Hesse, ça devenait gênant. Je suis né en 70 et je ne me souviens pas grand chose des premières années. mon président, c’était Giscard. La canicule de 76, une guêpe me pique dans le jardin. Je crois que je vais mourir mais je suis manifestement un warrior.

Les étés de la fin des années 70, on part toute la famille en Auvergne. Mon père et moi, on fait des cures pour soigner notre asthme. Je découvre Burattini, le plus grand Guignol qu’on puisse proposer à des enfants. J’ai passé ma vie à voir des Guignols médiocres. Buratt’ est Docteur ès. Avec les années, je comprends que La Bourboule n’est pas si loin que ça de Lyon. 200 bornes genre. Guignol est donc le personnage local.

Un peu comme quand je suis allé en Bretagne, dans la forêt de Brocéliande. Les légendes bretonnes, Merlin est le vieux Monsieur à barbe qui sert les belles histoires. On peut tout lui demander. Je lisais au pied de sa tombe un reste de lettre « Merlin, je me marie bientôt. Fais que tout se passe bien pour ma famille, ma femme, mes enfants ». Je me rendais compte que Merlin représentait le Père Noël chez nous. Parce que le Père Noël découle de Saint Nicolas, un évêque lorrain. On peut plier la carte, on a toujours besoin de ce vieux Monsieur à barbe blanche pour nous rassurer. Dieu étant un concept beaucoup plus virtuel.

Les années 80, le collège de Boulay. Il serait logique d’apprendre l’allemand. Je suis à quelques kilomètres de la frontière. Oui mais non. Je me rends compte que dés qu’on s’approche des villages mosellans qui touchent l’Allemagne, on est à facholand. Ca fait 35 ans que le FN (qui change de nom aujourd’hui, pardonnez mon inactualité au moment où vous me lisez) fait 35%. Qui nous aurait dit que les coins de Bouzonville à Sarreguemines avaient 35 ans d’avance sur ce qui se passerait en France par la suite? Aujourd’hui, je regrette de ne pas avoir appris l’allemand. Je zone tellement souvent dans les pays voisins, Luxembourg, Belgique ou Suisse. Le fait que je ne parle pas un mot d’allemand m’empêche d’y zoner et c’est évidemment une grosse perte. Pis les allemands ne sont pas fachos comme les frontaliers. Je pensais que c’était le pays du nazisme et que dés qu’on approchait ça chauffait. Non, non, mais alors non.

On parlait de Fisc et Atoll comme des groupes qui s’échappent de Lorraine pour percer dans le monde. Bon, ça restera petit quand même, hein. Mais dans le monde des musiciens dont je fais déjà parti, on nous parle souvent de ces gars.

L’artiste lorrain le plus éminent, certainement jamais égalé depuis, c’est peut-être bien Claude Vanony. Humoriste de Gérardmer dans les Vosges, il sillonne les routes, lorraines évidemment mais nationales aussi quand même (il s’est produit à l’Olympia notre Vano). Il décrit des situations ubuesques en campant un rural vosgien. Son sketch sur la bête des Vosges est culte.

J’arrive à Metz, capitale du 57 à la fin 88. J’y joue dans les rues et j’adore la richesse culturelle, artistique de cette ville. Une certaine neutralité n’est pas déplaisante. Metz est notre Bruxelles. D’un côté, les flamands de le côte allemande, de l’autre les wallons de la vallée de la Fench et de l’Orne. Les ouvriers italo communistes chrétiens. C’est unique au monde mais c’est chez nous. Une bonne morale intrinsèque chez chacun, comme des codes qu’on trouve dans La petite Maison dans la prairie ou des séries pleines de bons sentiments. On se sert les coudes dans ces coins de la frontière luxembourgeoise ou belge. Le culturel est roi, du Gueulard de Nilvange, La Passerelle à Florange, le festival U4 sur le site des Hauts Fourneaux d’Uckange (c’est beaucoup plus tard mais toujours dans l’esprit), la fête de la Musique d’Algrange, le TPL de Thionville (ça a changé de nom mais me faites pas chier).

Metz où règne tel le monarque Jean-Marie Rausch pendant ces années-là. Je joue de la guitare rue des Clercs et croise tous les matins le FC Metz sans connaître ou reconnaitre qui que ce soit. Je ne connais rien en sport, il me semble que c’est visible dés qu’on me voit. Quelques années après, j’ai rencontré des footballeurs connus ou très connus, qui ont donc joué dans cette équipe. Eux me connaissaient, me reconnaissaient. Mais moi non.

Metz est une ville paisible, pour retraités ou gens calmes. On aime pas le vacarme et l’esclandre. C’est beau à Metz, ville verte. Il y’a aussi de la wifi un peu partout, donc avec un téléphone tu peux être très heureux à Metz et ne manquer de rien. On a une télé près du stade de foot, c’est RTL9. J’ai plein de potes qui y bossent. Ils sont frustrés de faire des jeux à la con, de servir des producteurs et présentateurs à la con pour proposer une télé de proximité qui pourrait être bien meilleure. J’ai toujours pensé Marylène Bergmann comme un alibi à RTL9. Cette fille a la classe, la grâce. Elle aura été incontestablement l’image même de cette chaine, l’ambassadrice. Comme la brillante Lara Julien sur France 3. Les personnalités qui vont nous représenter dans ces années-là? Carole Gaessler fera ses premières armes à France 3 (ou peut-être RTL avant mais France 3 Lorraine, je suis sûr qu’elle a fait). On connait donc Robert Pires dans le foot puisque champion du monde 98, Sylvain Kastendeutch, le capitaine du FCMetz (ne m’en demandez pas plus, j’y connais vraiment rien). La comédienne Odile Vuillemin y fera ses études, je l’imagine dans les cours de théâtre avec des gens que je cotoie probablement souvent.

Je suis plus sensible à la scène alternative messine. Les Skaferlatine, PKRK semblent bien galérer mais vivent une aventure unique, vont jouer dans toute l’Europe. Je suis probablement trop sécuritaire pour connaître ce qu’ils vont vivre. J’ai besoin d’être rassuré, faire mon chiffre en un temps donné. J’ai commencé par me faire 20 balles par jour, ça a heureusement pour moi toujours monté mais je vis dans une certaine précarité que j’essaie quand même de maitriser un maximum. Ca me fait toujours regarder les effets et efforts des autres avec beaucoup d’admiration.

Les années 2000, c’est sur Nancy qu’on va connaître un phénomène. Les amis d’ta femme groupe de Chanson altérnative, Punk acoustique veine VRP. Ce groupe se produira dans toute la France et vendra des albums à la pelle. Je me souviens d’un môme qui m’empruntera ma guitare quand je jouais dans la rue au Printemps de Bourges pour me jouer une chanson à eux. Une forme de consécration que je n’ai jamais connu chez les artistes messins, du coup. C’est donc sur Nancy qu’on regarde peut-être un peu plus ce qu’il se passe. J’ai toujours trouvé le 54 plus dilettant que le 57. L’artiste du 54 se laisse aller, voit venir. Il n’a pas de grandes envies, vit chichement. Voyez un CharlElie, la plus grande réussite dans la musique en Lorraine. Il rêve de son prochain album, mais ne pense jamais à gagner des milles et des cents avec. S’il gagne sa vie, c’est bien, c’est suffisant. En Moselle, Patricia Kaas était plus vendue dans une stratégie américaine. Un concept à la Marlène Diétrich pour tourner dans le monde entier. Caravane mainstream (j’utilise beaucoup le mot mainstream m’a t’on fait remarquer dernièrement mais bon, ça évoque bien ce dont on parle). En même temps, ces coins de Saint Avold ou Forbach grouillent de mecs qui pratiquent la musique comme une ruée vers l’or. Le gars qui écrit comme les actuels estètes de la Chanson se prend tout de suite pour Brassens. Le groupe de bistrot pour les Red Hot Chili Peppers, etc… Il y’a toujours ce plan de carrière, cette course vers les étoiles dans les coins de Saint Avold. Le gars te raconte toujours qu’il a failli signé en Major mais que le jour là, il n’y avait plus d’encre dans le stylo. Sur Nancy ou Thionville, on va plus vouloir cachetonner ou gagner sa vie en se faisant plaisir. C’est autre chose.

Les années 2010 en Lorraine. Les conflits opposants les employers d’Arcelor Mittal de Florange avec leurs employeurs. L’Etat s’en mêle. Le syndicaliste Edouard Martin est un peu le nouveau José Bové. Toujours compliqué de sortir de tout ça sans y laisser des plumes. Les agitateurs comme Martin, Bové ou Hulot sont courtisés par le pouvoir et une fois qu’ils y sont, leur parole fait pchit. Hélas.

En musique on a Cascadeur, vraiment une grande réussite pop mélodique. Mirabelle TV a remplacé RTL9 et on a grave gagné au change. Il faut bien qu’un mec de Saint Avold sorte un de ces jours et connaisse des lumières. Ca sera Eric Greff avec son numéro d’Helmut Fritz et son Ca m’énerve qui aura peut-être bien porté son nom l’été 2008, même si le gars est très sympathique. Il change de nom tous les deux ans, persuadé que le nouveau projet le fera décoller. Je regarde souvent le jeudi soir Profilage avec Odile Vuillemin, jusqu’à ce qu’elle quitte la série. 

Je suis plutôt heureux de vivre en Lorraine. Pour avoir découvert le Luxembourg et la Belgique ces dernières années, j’aime ce brassage culturel. Je suis européen et la Lorraine, la Moselle me permet de jouir de ça chaque jour.

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