11 mai 2018 ~ 0 Commentaire

Les « tours sur lui-même » de Jean-Louis Aubert

Il y’a 10 ans, Jean-Louis Aubert partait en tournée, seul en scène pour la première fois de sa carrière. Il s’agissait de revisiter ses 30 années de carrière, en version dépouillée. Probablement comme elles étaient quand il les écrivait, avant qu’il pense ajouter du monde autour.

Des chansons en noir et blanc.

Jean-Louis ne pouvait pas me faire un plus grand cadeau. Je passais une époque difficile de ma vie et j’avais certainement besoin de quelque chose de solide. D’essentiel. Sans fioriture. Brut.

J’ai été servi. Jean-Louis évoquait chacun de ses albums, par ordre d’apparition. Les Téléphone donc au départ, il finirait pas Idéal Standard, le dernier en date. Il ne servait pas forcément les classiques, présents sur toutes ses tournées. il sortait du chapeau des titres que nous n’avions jamais entendu, ou plus entendu depuis bien longtemps sur scène.

Je ne sais pas si je le découvrais ou le redécouvrais. C’était une renaissance pour lui et moi. Moi qui joue une vingtaine d’heures de guitare par semaine, une main droite ne m’impressionne pas souvent. Là, j’étais fasciné. Et la nature est bien faite: si Bertignac est aérien quand il part dans les solos, Jean-Louis n’a jamais connu cette grâce là sur des pentatoniques. Lui, c’est plus la guitare du sol, ou du Sol. Troubadour premier.

Un chanteur seul en scène a conscience que s’il enchaîne les chansons sans transition, il va lasser le public d’un spectacle linéaire. Aussi, souvent dans ces cas-là, il parle pas mal entre deux. En même temps, il ne culpabilise pas de faire poiroter les musiciens, il n’y'en a pas. Il est seul, capitaine à bord de son spectacle. Son bateau sur la Terre.

Le disque qui meurt redistribue les cartes dans l’Industrie Musicale. Ainsi, au final, le chanteur a deux possibilités :  ou bien il présente un spectacle 2.0 dans les Zéniths, avé des chorégraphies, changement de costumes, lumières, fumées, écran géant, scène au milieu du public pour le set acoustique (pour les soirs de Bercy et, sait-on jamais, un stade d’oeuf). Là, il peut taper 80 balles la place et se retrouve son billet sympa en fin de soirée. Ou bien il part dans les théâtres pour 200 dates avec une équipe et du mathos qui tiennent dans une camionnette. Là, il peut se faire. Avoir l’impression de ne pas perdre son temps. Non pas que ces gens soient forcément vénaux, mais il est pas mal gratifiant de savoir que son travail fait vivre plein de gens par ricochet.

Ainsi, Renaud avait présenté une tournée de mi-parcours 10 ans plus tôt. Une guitare, un piano et Renaud nous rappelait au combien l’oeuvre du chanteur énervant était si fluide, essentielle, évidente. Les arrangements proposés par Alain Lanty (piano) et Jean-Pierre Buccolo (guitare) étaient brillants. Sublimaient les mots du poète. Comme Renaud était bourré tous les soirs, il n’y'aura pas eu de captation DVD de cette tournée. C’aurait été délicat; Renaud partait pour digérer son divorce. Une tournée qui s’envolerait donc et on ne lui demandait pas autre chose.

Thiéfaine est aussi parti en 2004 dans une tournée du même esprit. Seul à la guitare comme à l’époque où il se produisait avant de rencontrer le groupe Machin, Hubert nous parlait beaucoup et c’était un régal. L’impression que l’artiste est dans notre salon comme lors des spectacles en appartement (j’en donne pas mal en ce moment, voilà pourquoi ça me fait penser à ça). Quand l’artiste réussit à te faire oublier la scène, l’estrade ou les crash barrières. Que tu as payé ta place. Que dans moins de deux heures, tout ça sera fini. Ca fera pchit mais pendant 120 minutes t’as kiffé ta race. Il faut vraiment être au coeur de la vie pour payer 400 boules pour deux heures de Rolling Stones, le plus souvent sans vraiment les voir.

Pour en revenir à Jean-Louis (il me semble que c’était le sujet de mon billet avant que je floode grave) c’était jubilatoire de l’entendre nous raconter son histoire. Et l’histoire des chansons. Mais si nous le connaissions bisounours avec un bédo dans la tête, il s’encanaillait dans l’exercice de ce moment intime, comme s’il nous parlait en privé. Il avait appelé un effet de guitare Tom Cruise parce que c’était une pédale californienne :) D’où l’importance d’aller dans les salles de spectacles. Voir ce qu’on ne peut plus présenter à la TV, où le politiquement correct asphyxiant interdit tout relief et toute poésie.

Moi qui était toujours nostalgique des années Téléphone, qui fantasmait constamment à une reformation, je comprenais pourquoi Jean-Louis était seul depuis si longtemps. On compare souvent Téléphone aux Stones. Oui mais non. L’Histoire a démontré que Jagger n’est rien sans Richards. Il est toujours obligé de retourner vers lui pour espérer proposer quelque chose qui tient debout. Mais Sting n’a pas besoin de Police pour proposer un bon disque, et c’est pareil chez Jean-Louis.

Jean-Louis est seul, certainement de plus en plus. Ca lui apporte probablement une indépendance d’esprit toujours plus grande. Il peut se déguiser en pingouin chez les Enfoirés avec Christophe Maé ou Mimi Mathy, ça n’entachera rien. Il s’en cogne si les Inrocks le détestent ou si Rock&Folk l’adore. Jean Louis est le 6e vendeur de l’Histoire du disque en France et vogue là où il lui semble bon d’errer. 

Il propose des concerts sometimes sur sa page Facebook en direct live. Il se retrouve vite avec 5 ou 20 000 personnes qui réagissent en temps réel à cet événement si privilégié. Et la semaine dernière, il investissait un petit théâtre, d’à peine 300 places, pour faire renaître ce Tour sur moi-même qui nous enchantait tant il y’a 10 ans.

Je t’aime Jean-Louis. Si ça n’était pas si évident, je devrais bien-sûr dire que le Tour sur toi-même est dans mes concerts préférés. Je l’ai souvent vu, il est un tel biberon de jouvence. J’ai aimé sur scène Renaud et Thiéfaine dans les années 80, Higelin et Bertignac dans les années 90, Camille et Arnaud Fleurant Didier dans les 2000, Les Insus dans les 2010. Un tour sur moi-même est peut être un numéro complémentaire. Puisque si pur. Si chaplinesque que je ne le considère pas comme il se doit, comme on aime notre famille en l’oubliant si souvent.

Il parait que la bête pourrait se réveiller. La vie est si dure. Si violente, branlante. Le Tour sur moi-même 2018 et je repars.

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