05 septembre 2019 ~ 1 Commentaire

France infirmière

Ce matin, j’étais à l’hopital de Mercy à Metz. Dans la salle d’attente, les gens ne sont pas contents. Il y’a deux heures de retard. Je comprends. Si tu as prévu quelque chose après, c’est normal de ne pas être content.

En même temps, depuis 6 ans, je viens en moyenne une fois par mois à Mercy. Un retard d’une heure ou deux, j’aurai connu ça deux fois. Du coup, je ne vais pas me plaindre. Je trouve au contraire le personnel médical très professionnel.

Et j’aimerais que, plutôt qu’on se plaigne, on rende hommage à notre système médical. Tout n’est pas parfait. Certes que les lobby pharmaceutiques s’en mettent plein les fouilles, les conséquences en sont des investissements mal gaulés qui peuvent faire rager quand il manque ailleurs. Pour autant, ça serait bien qu’on se rende compte qu’on est le pays au monde le plus généreux à ce niveau là, ou un des plus généreux en tout cas. On sent que la sécurité sociale va fatalement déléguer certaines responsabilités aux mutuelles. On sait qu’on sera mieux dans le privé que dans le public. Mais je tiens grave à rendre hommage à ce qui aura été public.

Vite fait, je shématise un des problèmes que tout le monde peut comprendre sans sortir de calculette. Quand j’étais enfant dans les années 70, les gens étaient en retraite à 65 ans et mourraient à 70. On ne connaissait pas de déficit public et pas vraiment de la sécu non plus. Puis la retraite est passée à 60 ans et l’espérance de vie à 80. Le déficit public, lui est désormais de plus de 2000 milliards d’euros. Chacun s’indigne des évasions fiscales de presque 100 milliards d’euros par an mais nous nous trouvons bien désarmés devant ça. Et chaque fois qu’on hausse le ton, c’est la fuite des investisseurs. Moi qui vit à côté du Luxembourg, vous imaginez bien que c’est pas dans ma Lorraine qu’on a envie de monter sa boîte….

En bref, j’ai tendance à dire merci à ce que toute la sociale démocratie nous aura apporté jusqu’à maintenant. Je vous raconte une anecdote perso. Il y’a 6 ans, j’ai eu un cancer. Le lymphome d’Hodgkin. C’est un nom qui fait peur comme ça mais on range ça dans les cancers bénins, ceux qui se guérissent super bien. Sauf que 2013 était une véritable année de merde, la chimio vous met complètement à plat dans l’instant et même bien après.

Au début, j’allais avec mon arrêt maladie à la sécu pour voir ce à quoi j’avais droit. On m’apprenait que je n’avais droit à rien. je n’avais pas assez de cachets d’intermittents dans un moment donné pour avoir droit à une rémunération de la sécu. J’étais complètement à plat. Impossible d’aller jouer dans les rues dans l’état physique où j’étais. C’était d’ailleurs assez limite quand je prenais le volant pour faire le strict minimum obligatoire. Je rentre chez moi, pour m’éffondrer de fatigue et de dégoût en même temps. Une heure après, j’ai un coup de fil. Une assistante sociale de Longwy (40km de chez moi). Elle a appris ma situation. Sait que je me retrouve sans le sous. Normalement, je devrais passer à son bureau mais vu ma situation, elle me dit qu’elle vient me voir le lendemain. Elle passe ainsi un après midi à éplucher mes papiers, crédits, contrats, fiche de paye… Elle fera le nécessaire pour que le crédit de ma maison soit levé (condition de mon contrat d’assurance) et que ma mutuelle, mais aussi la ligue contre le cancer, me donne de quoi vivre comme avant.

Le traitement que j’ai connu dans cette année si pénible et difficile me fait réaliser combien j’ai de la chance d’être né en France. Dans tant de pays on m’aurait soigné uniquement si j’étais pété de thunes.

Aussi un vrai big up au personnel hospitalier. Comme les enseignants, on a à faire à des gens qui sont faits pour ça. La moitié des métiers ont un rapport très concret et direct à la rentabilité, à l’efficacité. Je me réjouis que ces jobs là ne fonctionnent pas comme ça. J’étais marié à une ensignante. Si ça ne gazait pas bien à l’école avec un gamin, ça lui pourrissait tout le week-end. Moi, je me souciais de la rentabilité. Il me fallait « faire » ma paye tous les mois. Elle, elle était soucieuse de bien faire. Et c’est la même chose pour les infirmières.

Ma tante était infirmière. J’ai compris tardivement que, quand elle travaillait, il lui arrivait fatalement de voir des morts, des gens en stade terminal donc statistiquement, on a compris l’issue. Sauf que moi, je voyais ma tante une heure ou deux après son boulot. Et quand elle me demandait si j’allais bien, si j’avais passé une bonne journée, il se pouvait bien qu’une heure avant, elle avait vécu un truc qui vous et moi nous traumatiserait.

J’ai bien floodé mais je repense à mon sujet de base; les gens pas contents du retard à l’hopital. Les raleurs, haters potentiels et éternels insatisfaits. Je nous invite à nous rappeler quand dans la plupart des pays du monde, on n’a vraiment pas la chance qu’on a en France. Et donc, faut plutôt qu’on oeuvre pour que les autres évoluent que nous mettre en péril et nous voir régresser.

Une réponse à “France infirmière”

  1. Merci de remettre les pendules à l’heure et de nous rappeler cette chance que nous avons.
    Bise
    Delphine


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