05 novembre 2019 ~ 0 Commentaire

Les 25 ans de Tryo

Tryo fête ses 25 ans. Avec ça, un album qui les célèbre via des duos avec tout plein d’artistes de Thiéfaine à Renaud en passant par Zaz ou la famille Souchon. 

Le premier que j’ai connu dans Tryo, c’était Guizmo. Je jouais mes chansons dans les rues de la Rochelle pendant les Francofolies 2004, devant le théâtre de la Coursive. Il est venu me saluer, s’est présenté. Je connaissais de nom. Très sympa et surtout ton égal. Le gars ne t’éclabousse pas de ce qu’il a fait ou connu.

Deux ans après, je revoyais Tryo au Galaxie d’Amnéville. L’hymne de nos campagnes avait envahi les ondes, le grand public découvrait ce groupe. Peut-être un peu plus, parce que je trouve que ce groupe reste encore et encore underground. Le soir, il y’avait 8000 personnes dans notre Galaxie, pour ce groupe qui pourtant ne passe jamais chez Michel Drucker. Je jouais toujours devant la salle avant et après le concert. Je vendais tout plein de disques. Comme chez Renaud, les Tryo font autant dans le qualitatif que dans le quantitatif niveau du public. C’est toujours un kif de voir ce qu’il va se passer dans les files d’attente. Au départ, personne ne se connaît, on se regarde timidement. Puis un sourire, progressivement des causeries. Jusqu’à sortir de la salle, on est alors potes ou frangins. C’est assez rare de voir ça, d’habitude, c’est l’Ultra moderne solitude de Souchon. Les gens viennent consommer de la musique. Après le trop plein du bureau ou de l’usine, ils ont besoin d’évacuer. Mais pour autant, c’est pas obligé et même rare qu’on copine avec les gens autour de nous.

Je voyais le concert. Tryo arrivait du fond de la salle. Allait traverser le public en chantant jusqu’à rejoindre la scène pour un show époustouflant. Interminable, mais en même temps personne ne demandait à partir. Tryo fait parti des artistes que si on ne les a pas vus en concert, on ne sait pas de quoi on cause.

Quelques années après, je rencontrais l’autre chanteur, Christophe Mali, toujours aux Francos de La Rochelle. Il coache les groupes en développement du Chantier des Francos. Pour le coup, on ne peut rêver meilleur formateur. Dans toute la France, les SMAC proposent aux artistes des résidences avec un « professionnel » du spectacle. J’en connais quelques uns qui font ça et ça m’arrive d’avoir peur pour les artistes émergeants. On veut se refuser de penser que si le mec ne réussit pas à vivre de son travail et que c’est pour ça qu’il vient faire du suivi d’artistes dans les SMAC. Mais souvent, je trouve là du saucissonnage et formatage, de l’usinage comme les conséquences des télés crochets sur des générations de mômes qui ont été biberonné par ça. Sauf qu’ils n’ont pas Christophe Mali comme coach. Il est le fils spirituel et incontestable de Jacques Higelin. 

Le vingtième siècle est certainement Le siècle de la Chanson. L’Histoire connaît un temps fort et précis pour la Littérature, La grande Musique, le théâtre avec chaque fois des noms qui traversent les siècles. Pour la Chanson, même s’il est tôt pour annoncer ça, ça restera probablement le vingtième siècle, avec des tauliers de crèmeries dont on ne voit pas ce qu’il y’a avant. D’abord Charles Trenet qui insuffle une poésie sur un swing audacieux et révolutionnaire par sa folie (ça peut faire rire aujourd’hui mais il faut vraiment situer dans l’époque, l’importance de ce qu’il se passe à ce moment là). Ensuite Léo Ferré qui réussissait à apporter du son sur la Poésie, celle qui se lit habituellement. Il ne trahissait jamais mais enrichissait toujours, sublimait les mots. Brassens, qui porte la chanson populaire au rang de littérature, Brel interprète écorché qui désespère chaque mot et Gainsbourg qui claque les allitérations comme le feraient les anglo saxons sur des mélodies imparables.

Les cinq géants que j’évoque là sont désormais les tauliers de la Chanson. Des écoles. Les suivants découlent de ça. Ainsi, dans mon adolescence, il y’avait Higelin qui suivait Trenet, Thiéfaine pour Léo Ferré, Renaud pour Brassens, puis des Souchon, des Cabrel…. Pour Gainsbourg, je vois bien des MC Solaar ou des Zazie comme dignes héritiers.

Chez Tryo, on représente autant Higelin que Renaud puisqu’il y’a deux écritures. C’est pas souvent, les groupes à deux écritures. On a connu les groupes où le chanteur écrivait les textes et le guitariste la musique. Les groupes où le chanteur fait tout (c’est de plus en plus fréquent qu’un groupe soit un chanteur guitariste, auteur compositeur interprète, avec des musiciens). Mais Tryo, il y’a les chansons de Mali et celles de Guismo. Je ne vois que Les Innocents en France qui apportent ainsi deux couleurs sonores différentes, par les univers opposés (mais qui se complètent magnifiquement bien) des deux protagonistes.

Les chansons de Guismo seraient peut-être plus écolo-citoyennes quand celles de Mali seraient plus poético-festives. Tout ça mélangé donne un super cocktail détonnant. Je vois 120 groupes par an sur scène. En général, je regarde quelques minutes de chaque concert. Ça ne veut pas dire que l’artiste n’est pas bon. Juste que si ça vous arrivait, vous seriez comme moi. Un peu blasé par la répétition, hélas. Pourtant, il y’en a quelques uns qui m’hypnotisent. Tryo en fait parti. C’est assez rare que ça se passe autant par la qualité des chansons que dans l’exécution scénique. J’ai souvent remarqué qu’un artiste est fait ou pour les disques, quand son travail est plus de tailler une matière première, ou sur scène. C’est pour ça que la question « vous êtes plutôt Beatles ou Rolling Stones? »est un non sens parce que tu ne choisis pas entre ton père et ta mère et que les Beatles auront vendu un milliard de disques (les meilleurs, mine de rien) quand les Stones auront vu un milliard de spectateurs (les meilleurs concerts, mine de rien). Tryo est de ces rares aventures où la matière première est aussi riche que la reproduction scénique.

J’ajoute que ça n’enlève rien que les gars soient des citoyens exemplaires. Un jour, ils pourront bien remplir un Stade d’Oeuf. Pourtant, en attendant, ça ne les dérange pas de soutenir les petites salles, les petits festivals en s’y produisant avec autant de ferveur que s’ils étaient à Bercy. Quand tu rencontres les musiciens de Tryo, ils n’ont pas peur de toi et te considèrent d’égal à égal. Ils ne se voient pas mieux ou au dessus de toi. Ils n’ont pas peur parce qu’ils sont des artistes qui se sont fait par la scène, comme les CharlElie, Higelin, Wampas. Ils sont dans la réalité, la vérité. J’ai parfois remarqué en rencontrant des artistes qui étaient apparus par le biais de la télé et de ses éventuels télé-crochets qu’ils étaient enervés, stressés puisqu’ils ne comprennaient pas bien pourquoi ils étaient là ni comment ils y étaient arrivés.

Je ne sais pas si cet article est net et concis. Ça fait plusieurs heures que je suis dessus parce que je ne trouve pas le sommeil et que j’y retourne de temps en temps, sans vraiment tout relire ce que j’ai écrit précédemment. Je n’avais pas encore écrit sur Tryo parce que je savais que je serais long puisque j’en ai plein à raconter sur ces gars-là que je viens de voir à Taratata et que j’aime vraiment grave.

Merci d’exister, les Tryo.

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