01 avril 2020 ~ 0 Commentaire

le livre du confinement #3

Pour ne pas changer, j’étais dans une pièce. Entre quatre murs, avec un plafond et un planché. Pour ne pas changer parce que j’avais passé ma vie plutôt à l’intérieur qu’à l’extérieur. D’une santé fragile, j’étais tout le temps malade quand je sortais dans ma jeunesse. Alors je lisais, j’écrivais.

Je n’étais pas malheureux. Terriblement seul, si souvent. Mais pas malheureux. Pas heureux, faut pas déconner non plus. Mais pas malheureux. Ce fantasme de fin d’adolescence de vivre sans optimisme, sans pessimisme j’y étais depuis longtemps, otage ou actionnaire du temps qui passe.

J’étais conscient de destins moins heureux. Des gens avec des santés beaucoup moins gaulées que la mienne, qui s’évertuaient à faire bonne figure, debout jusqu’au bout. Je n’avais pas ces problèmes. Ni ceux des gens qui ont perdu leurs proches, leur famille. Les miens se portaient bien, dans la mesure du possible.

J’étais né dans l’hémisphère Nord. Dans un des rares endroits au monde où on ne subissait pas une dictature. Je redoutais un peu quand même les attentats de djihadistes ou les catastrophes écologiques.

Comme je n’étais plus fumeur et que je ne supportais pas l’alcool, j’étais devenu boulimique. Accro au sucre et au gras. Adorant me mettre ainsi minable. Raisonnable, je me régissais sur ce terrain. M’imposant parfois des jeûnes en soirée ou carrément une journée par semaine.

Je ne tombais plus amoureux. C’était selon moi une coquetterie propre à la jeunesse. A la fois par crédulité et ignorance, envie de se mentir à soi-même. Une amie associait le fait de tomber amoureux au temps où on voulait des enfants. Comme s’il s’agissait de lier deux êtres pour donner vie à une autre vie.

Je pense à cette fille rencontrée par hasard dans la rue. Nous avions passé une après midi sur un banc à se faire des bisous langoureux. Elle disparaissait comme elle était venue ensuite. Sauf que je passais mon été à penser à elle, sans arrêt. Je l’aimais. Mais je ne la connaissais pas. Et être amoureux, c’est aimer qui on ne connait pas.

Le temps passait et je ne redoutais pas ce moment. Je le remerciais même de ne pas sonner à ma porte pour m’annoncer une nouvelle terrible. Ca arrivait à tant de gens autour de moi….

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