02 avril 2020 ~ 0 Commentaire

Le journal du confinement #4 (Robert des bois)

Il me fallait m’échapper. Je ne tenais plus ainsi. J’avais des pensées pour les taulards. On réagit sans relief et baigne dans une subjectivité qui, pour le coup, ne regarde vraiment que nous.

Jusqu’à me trouver dans un tourbillon. Un vertige spiralesque. Celui-là ne m’inquiétait pas comme peuvent m’inquiéter un véhicule qui dérape. Je me sentais comme dans ces manèges de foire où on sait pertinemment qu’il ne va rien nous arriver, même si la sensation est malaisante ou jubilante.

J’étais probablement dans un rêve mais dans ces cas là, le sens du rationnel s’en va également. J’étais allé derrière ma maison. Je ne dirais pas une forêt, une grande forêt, mais un bon bois. Et dans ce bois, une bande autour d’un feu se faisait griller un lapin. Ca se pourrait bien qu’ils vivaient là. J’en avais l’impression. Dans leur visage, je voyais comme une rigidité de celui qui doit affronter la météo naturelle. Les vêtements n’étaient pas forcément stylés, on sentait le côté sommaire du système D. Ils se faisaient griller un lapin et j’imagine qu’il doit être compliqué d’être véganes quand on vit dans la forêt.

Un instant, j’ai eu peur. Je me suis dit « et si j’étais le prochain à griller pour les restaurer? ». Mais je n’avais pas peur longtemps, j’étais dans un rêve où il ne passe pas grand chose et s’il m’arrive quelque chose de grave, je me réveille en sursautant. Je suis allé les voir.

J’aimais le vert quasi collectif de leurs fringues. Un hommage à Robin des Bois et sa bande. Enfin pour moi parce que pour eux, il s’agit de se fondre dans un contexte qu’ils ne souhaitent pas forcément perturber.

 

Nous avons conversés. Vivre dans la forêt était un choix. Vivre sans le réveil, sans le numérique et le virtuel, sans vaccins. Sans hiérarchie (enfin vite fait, on n’est pas dupe que dés qu’il y’a bande, il y’a dominés et dominants). Sans travail, sans compte en banque, sans crédits. Hors système. A la base, Robert, le plus ancien sur le site avait une boite qui aura fait banqueroute. Il se sera retrouvé sans-le-sou, à la rue. Ayant construit sa cabane dans ce bois, il sera rejoint par des gens qui pour raison X ou Y connaissaient le burn out social qui les invitaient à rejoindre ce Robert des Bois.

Je n’aurais jamais pu vivre comme eux, j’étais trop vieux. Dans mon corps et dans ma tête. Mais j’avais pour eux une admiration irrésistible.

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