10 mars 2021 ~ 0 Commentaire

René Taesch

René Taesch est mort. Il était la figure la plus évidente, la tronche la plus connue de la ville de Metz. Je l’ai connu il y a une trentaine d’années. Photographe, il shootait les PKRK, le groupe de punk rock local. Je le croisais forcément partout, tous les jours. Là où il y avait de la vie, de l’animation ou du culturel, René était à Metz. René et son vélo. Ces dernières années, je le croisais à la fête CGT du Chiffon Rouge à Woippy le premier Mai ou à la fête de la Musique, quand je ne jouais pas moi-même. Je le voyais alors avec son groupe Dewendel’s Dämbe dans un rock and roll essentiel.

René avait été SDF. Il était toujours proche des petits gens. En même temps, il en était. Il a toujours vécu chichement. RMI, RSA puis retraite, qui ne devait pas être folichonne, ces dernières années. Il vivait comme un citoyen humaniste évident. Il avait rencontré l’écrivain Denis Robert au bar du Luxembourg à Metz et lui avait soumis ses photos des clochards de Metz. Ensemble, ils ont publié Portrait de groupe avant démolition, qui plantait le décor des plus précaires de la ville.

Il chantait à l’époque dans La Femme aux trois cerveaux, groupe punk rock monté avec des gars de PKRK. Je me souviens de son titre La paperasse qui critiquait les laborieuses démarches administratives. René balançait dans le public des papiers pour illustrer. Toujours un sens travaillé de la mise en scène chez lui. Il faisait pareil dans Dewendel’s Dämbe. Les Stooges lorrains. Un putain de groupe de rock and roll authentique. L’artiste qui vit de son Art a souvent un mécène qui lui permet de bosser. Il vit sans stress de rentabilité puisque  quelqu’un semble régaler au dessus de lui. La plupart du temps, l’artiste est artisan. Artiste et commerçant. Il combine entre ses envies persos et ce que le marché lui impose. C’est un bras de fer. Dewemdel’s Dämbe était ailleurs. Dans l’esprit proche d’un Didier Wampas qui veut faire son truc, dire son truc et s’en tamponner de l’affreuse rentabilité qui se suppose autour.

C’est mon ressenti subjectif mais il me semble bien que René était le messin le plus connu et le plus populaire. Metz est une ville circulaire, qui se regarde, et par certains aspect c’est très agréable. Il y a comme tout à l’unité, un joueur de foot champion du monde, un écrivain, une ministre de la culture, un cascadeur, un dessinateur…. j’ai été le chanteur de rue avant d’émigrer au Luxembourg et désormais c’est probablement l’accordéoniste Sonia qui occupe cette place. Metz est une ville qui veut être tranquille, les agitateurs ont souvent l’impression que rien n’y bouge. Metz est une ville belle, verte. La plus belle gare de France, dit-on. René est aussi connu et populaire que Cookie Dingler à Strasbourg et il n’a pas eu besoin de Femme libérée pour ça (en même temps, Cookie non plus).

René, c’était surtout un mec bien. Je l’ai eu au téléphone il y a deux semaines. Je le savais en chimio pour un cancer depuis un an. Je ne savais pas son état si grave. Au téléphone, il semblait bien. C’était d’ailleurs un bonheur de parler avec lui, ça faisait longtemps qu’on se saluait vite fait quand on se croisait par ci par là. Il me disait que ce n’était pas grave s’il partait dans cette époque merdique, j’imagine qu’il n’était pas sérieux deux minutes parce que je ne ressentais aucune aigreur en lui. Il était un jeune homme, pas sérieux quand on a dix sept ans, lui qui les avait depuis bien 50 ans.

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